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BUTTERFLY
WEBZINE (nov 2004)
La
chanteuse Tenko est japonaise, mais on ne le remarque quasiment à aucun
moment sur le disque qu'elle vient de publier avec le groupe français
Étage 34. Tout au long de ces dix plages aux noms génériques, la voix
scande, susurre, martèle ; mais elle est utilisée comme n'importe quel
instrument, non comme le vecteur d'un message, maltraitée et poussée aux
limites de ses possibilités au même titre que les guitares, la basse et
la batterie du trio qui l'accompagne.
Voyage
au bout de l'extrême d'un rock free, l'album s'ouvre par 1 minute 30 de
pure déflagration, comme si l'auditeur passait la tête par la porte d'un
studio de répétition où il n'était pas spécialement attendu, et assistait
ainsi, à la dérobée, à une séance d'exorcisme binaire. Les mélopées de
Tenko semblent divaguer et survoler les riffs particulièrement acérés
du trio emmené par Dominique Répécaud, guitariste qui refuse de "théoriser"
la musique qu'il poursuit depuis plus de 20 ans, au croisement de l'univers
de Hendrix et de l'harmolodie d'Ornette Coleman. À ses côtés, le bassiste
Olivier Paquotte et le batteur Daniel Koskowitz. L'énergie est brute.
Les protagonistes se sont découverts sur scène au festival Densités, une
des manifestations phares pour les musiques innovantes en France ; mais
cette musique et son projet ne rejettent pas les possibilités spécifiques
de l'enregistrement en studio, comme sur certains morceaux où un apaisement
toujours lourd de menaces révèle une voix dédoublée pour pousser plus
loin l'incantation, évoquant alors une sorte de canon entre deux chamans.
Plus loin à l'intérieur du disque, la quatrième plage appelée "Dens" s'ouvre
sur un groove de batterie vicieusement déstructuré, avant une longue dérive
presque entièrement instrumentale cette fois.
Chanteuse improvisatrice dès les années 80 au Japon, Tenko a quitté son
pays natale pour rejoindre New-York et se confronter à des musiciens tels
que John Zorn, Elliot Sharp, Christian Marclay, Fred Frith. À l'écoute
de sa voix nue, aux mots inconnus et torturés, on songe parfois à certains
déraillements de Nico ou à Siouxsie Sioux, grande prêtresse toujours un
peu en retrait du sabbat ; des références très rock pour celle qui a gagné
depuis quelques temps la France, afin de croiser le fer avec la frange
la plus acharnée des improvisateurs hexagonaux, comme Xavier Charles,
Serge Pey, Michel Doneda ou les joueurs de mange-disques Dust Breeders.
Il était normal qu'elle finisse par sonner à la porte d'Étage 34, groupe
majeur du free rock en France et qui est lui même issu d'une ensemble
plus ancien, actuellement en sommeil, le collectif précurseur 60 Étages.
Avec cette rencontre pleine d'urgence, provoquée par les programmateurs
de Densités, Étage 34 franchit une nouvelle étape dans la quête d'une
musique affranchie de toute barrière stylistique, rythmique ou esthétique.
Thibaut
LEMOINE
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Etage 34 / Tenko
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